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JUIN 2005 Retour sur "Visualisation des colloques"
Professeur Francisque LEYNADIER
Centre d'Allergologie - Hôpital Tenon - 75020 Paris L'allergie
alimentaire est une plainte fréquente puisqu'on estime, par exemple, que 25 %
des familles américaines ont, à un moment donné, modifié leurs habitudes
alimentaires car au moins un de leurs membres était ou se croyait allergique
à un ou plusieurs aliments (1, 2, 3). De
nombreuses études ont clairement montré que ces effets indésirables n'étaient
objectifs, c'est-à-dire reproductibles par une épreuve de réintroduction de
l'aliment en double aveugle contre placebo, que dans 20 % des cas seulement.
En outre, la majorité des réactions ne sont pas d'origine immunologique. En
effet, l'intolérance alimentaire regroupe des pathologies variées : Ø
l'intoxication,
qu'il s'agisse de toxines bactériennes, de parasites, de virus ou de
toxiques, comme par exemple, l'intoxication scombéroïde résultant de
l'absorption d'une quantité massive d'histamine provenant de thons ou
d'autres poissons pour lesquels la chaîne du froid a été malencontreusement
interrompue. De même, peut-on en rapprocher les actions pharmacologiques, par
exemple de molécules ayant des propriétés atropiniques présentes dans de
nombreuses plantes (pomme de terre, etc..). Ø
L'idiosyncrasie
ou certains déficits enzymatiques, le plus classique étant le déficit en
lactase, soit génétique, soit acquis au décours d'une infection digestive
bactérienne ou virale ou encore le déficit en acétaldéhyde déshydrogénase
qui affecte à peu près 50 % de la population asiatique et provoque chez ces
patients de vives réactions à type de flush (rougeurs et bouffées de
chaleur du visage, malaise) lors de l'absorption d'une quantité parfois
minime d'alcool. Ø
Les
réactions psychologiques sont sans doute les plus communément répandues comme le malaise vagal
ou le syndrome d'hyperventilation attribués, bien entendu à tort, à un
aliment ou souvent à un colorant, un conservateur ou un autre additif
alimentaire comme les glutamates. Ø
Les
accidents allergiques
(y compris le choc anaphylactique), conséquences de la contamination d'un
aliment, comme la farine par des acariens ou les poissons par un parasite (Anisakis
simplex), chez des sujets sensibilisés à ces deux allergènes. Ø
Les
intolérances à certaines protéines alimentaires dont le substratum est probablement immunologique
mais sans relation avec l'allergie immédiate dépendante des IgE (4) : c'est
le cas de la maladie coeliaque ou de 3 tableaux cliniques classés généralement
comme "intolérance" aux protéines de lait de vache. Il s'agit de : -
l'entéropathie
qui
apparaît entre l'âge de 1 et 18 mois avec diarrhées modérées et surtout
retard de croissance. Elle est provoquée, le plus souvent, par le lait de
vache et guérit en une dizaine de jours après l'éviction de cet aliment. -
-
l'entérocolite
qui se manifeste plus tôt, entre 1 semaine et 3 mois, avec une expression
clinique plus bruyante (diarrhées, vomissements, rectorragies, déshydratation,
etc). La suppression de l'aliment responsable (surtout lait ou soja) entraîne
une amélioration en 3 à 4 jours, tandis qu'une réintroduction ultérieure déclenche,
à nouveau, vomissements et diarrhées en 1 à 6h. -
enfin, la proctite qui survient à l'âge de 2 à 6 semaines et comporte
des traces de sang dans les selles, sans altération de l'état général. Le
lait de vache est en cause dans plus de 50 % des cas, y compris par le lait
maternel qui en contient si la mère en consomme. I- Allergie aux aliments : physiopathologie On
entend par ce terme un ensemble de troubles cliniques liés à un mécanisme
immunologique, lequel résulte d'une sensibilisation préalable à un ou
plusieurs allergènes alimentaires. L'allergie de type immédiat
ou réaginique repose sur la présence, en quantité excessive, d'anticorps spécifiques
appartenant à la classe des immunoglobulines E (IgE) reconnaissant une ou
plusieurs protéines alimentaires ou plus rarement des substances de plus
faible poids moléculaire, inférieur à 3000 Daltons (haptène) (5). 1.
Sensibilisation Le
premier contact d'un antigène (ou allergène) avec un organisme "naïf"
détermine une réponse immunologique, y compris dans certains cas
l'acquisition d'une anergie pour cet antigène (tolérance). La première étape,
fondamentale dans la suite du processus, est la capture de l'antigène par des
cellules présentatrices d'antigène (CPA) dont certaines sont
"professionnelles" comme les monocytes, les macrophages et les
cellules dendritiques. Ces dernières sont abondantes dans les sites
anatomiques exposés aux antigènes extérieurs comme la peau, les voies aériennes,
le tube digestif ou le foie. Les
cellules de Kuppfer hépatiques sont principalement localisées dans les
sinusoïdes, en contact étroit avec les cellules endothéliales. Il s'agit du
plus important contingent de macrophages de l'organisme, en première ligne
pour toutes les substances véhiculées par la veine porte. On sait que
l'injection intraportale d'une petite quantité d'antigène soluble (ou son
administration par voie orale) induit un état de tolérance (anergie) prolongée.
Plus récemment, cet effet a été rapporté aux cellules endothéliales des
sinusoïdes hépatiques qui jouent un rôle important de CPA et surtout présentent
l'antigène aux lymphocytes TCD8+(6). Au niveau du grêle, le tissu lymphoïde associé à la muqueuse (MALT) est représenté surtout par les plaques de Peyer séparées de la lumière intestinale par des cellules épithéliales spécialisées (cellules M) capables de transférer les antigènes, mais aussi les bactéries pathogènes, de la lumière aux CPA et aux lymphocytes de la plaque de Peyer |